W M 3

Accueil

News

 Leur histoire

Elements juridiques

 Soutien


Ecrire pour
les WM3

 

Dans les medias

Compiles de soutien
Films et livres

Les victimes

 Contact - Liens

 www.wm3.org

 

 

Accueil

Histoire

Légalement

Soutien

Ecrire

Films
Medias
Compiles

News

 
Le combat pour la liberté des West Memphis 3

Six ans après la condamnation de trois jeunes gens dans le triple homicide montré dans " Paradise Lost ", un mouvement essaime et clame avec insistance leur innocence.

Par Stephen Lemons.

10 août 2000. Malgré les cris incessants de ses co-détenus du couloir de la mort, la voix de Damien Wayne Echol semble paisible à travers le haut-parleur du téléphone qui nous permet de converser, chez un des membres de son comité de soutien. D'une voix neutre, la " star " du documentaire " Paradise Lost " réalisé par HBO et vainqueur d'un Emmy-Awards en 1996 et de sa suite " Paradise Lost 2 : Revelations ", décrit son environnement carcéral à la prison de haute sécurité de Tucker, Arkansas : " Je me trouve dans une cellule de 2m par 3m50 ", explique Echols. " Je suis accroupi contre la porte. Le téléphone est un téléphone payant placé sur des roulettes et qu'ils peuvent placer contre la porte. Il reste dehors et j'ai le récepteur à l'intérieur. Je dois tendre le bras à l'extérieur pour composer le numéro. "

Une voix enregistrée interrompt le dialogue pour nous informer qu'il ne reste que 2 minutes. Les appels sont limités à 10 minutes, mais Echols peut rappeler tant que personne d'autre n'a besoin du téléphone. Il continue sans commentaire.

" Dans ma cellule, il y a une sorte de table en béton avec un petit matelas, comme ceux sur lesquels les enfants font la sieste à l'école. C'est là que tu dors. Il y a un évier, une cuvette WC en métal et une petite table scellée au mur. Tu es autorisé à avoir une couverture, donnée par les surplus de l'Armée. Parfois, on peut voir à travers tellement elles sont vieilles.

Toute la cellule est en béton, à part la porte, coulissante et commandée depuis une cabine. Les murs sont nus. Tu n'as pas le droit de mettre quoi que ce soit dessus. Il y a l'air conditionné mais ils ne le mettent pas trop en marche l'été pour faire des économies. Dès que tu bouges, tu es en nage. "

Echols est enfermé dans sa cellule 24 heures par jour, excepté les lundis et jeudis, jours où les gardes l'emmènent pour sa seule promenade autorisée, pendant 1 heure…lorsqu'ils n'oublient pas… Il a également droit à une douche (10 minutes) les mardis, jeudis et samedis. Lorsqu'il a des visites (une par semaine autorisée), il a droit à 3 heures avec eux. Echols est autorisé à avoir une radio mais ne peut écouter ni CD ni K7. Il peut recevoir des documents imprimés et il est abonné à des magazines comme le New Yorker et Harper's.

Parfois, des " supporters " lui envoient des livres par l'intermédiaire de Amazon.com.

En ce qui concerne la cuisine du couloir de la mort, Damien explique : " Ils ne lavent pas grand-chose. Ils cultivent eux-mêmes pas mal de trucs, légumes et tout. Tu peux pas vraiment savoir ce que c'est exactement parce que tout est cuisiné de la même façon. Parfois tu trouves des sauterelles et des criquets dans la bouffe. "

La voix enregistrée annonce alors la fin de l'appel et la ligne est coupée. Qu'est ce que vous croyez ? C'est le couloir de la mort en Arkansas, pas le Mariott Hotel !

Echols a déjà passé 6 années (à l'époque de l'article, en 2000, NdT) dans ce petit bout d'enfer parce qu'en 1994, à l'âge de 19 ans, il a été condamné à la peine de mort pour le meurtre de 3 enfants de 8 ans à West Memphis. Les enfants &endash; Steve Branch, Michael Moore et Chris Byers&emdash;ont été découverts le 6 mai 1993, nus et ligotés avec leurs propres lacets de chaussures, au fond d'une crique dans un petit bois appelé Robin Hood Hills. Tous les trois avaient été sévèrement battus. Deux d'entre eux sont morts noyés. Le troisième, Chris Byers, a été mortellement blessé à l'aine. Il a été frappé à coup de couteaux à de très nombreuses reprises et castré.

La police de West Memphis déclara que Echols était le leader d'un culte satanique bricolé et que les meurtres faisaient partie d'un rite censé conférer des pouvoirs démoniaques aux tueurs. Les flics indiquèrent que les complices d'Echols étaient deux autres garçons du coin : un gars peu bavard de 16 ans, Jason Baldwin et un autre un peu handicapé mentalement de 17 ans, Jessie Misskelley et son QI de 72.

Echols et Baldwin furent jugés ensemble et condamnés en 94.

Echols, considérés comme l'instigateur des meurtres fut condamné à mort. Baldwin à la prison à vie, sans possibilité de remise de peine. Misskelley, jugé avant les deux autres, fut déclaré coupable sur les bases de sa propre confession et condamné à vie plus 40 ans. Baldwin et Misskeley purgent leurs peines dans des prisons différentes de celle d'Echols.

Sombre et charismatique, visiblement intelligent, Echols est resté l'énigme à l'épicentre de la tragédie. Il avoue que la plupart des gens ne font pas la différence entre lui et l'affaire. Dans le premier documentaire " Paradise Lost ", les attitudes désinvoltes de Echols, son savoir encyclopédique sur ce qui touche à " l'occulte " et sa remarque sur le fait qu'il serait à jamais craint pour être le " tueur de West Memphis ", tout cela le fit apparaître comme l'un de ces adolescents nihilistes du film de 1986 " River's Edge ". A la barre, il fut le pire cauchemar de son avocat.

" C'était essentiellement le fait de comportements puérils et effrayés " dit Echols à propos de son commentaire sur le " tueur de West Memphis ". " J'étais comme ça à l'époque. Jeune et stupide. "

Rétrospectivement, sa personnalité reflétait une sensibilité, partagée par beaucoup, pour les choses macabres et le Gothique (une attitude qui convient mieux dans les Ecoles d'Art que dans les couloirs de la mort). Quoiqu'il en soit, il a changé de mentalité. Il pratique aujourd'hui le bouddhisme en attendant son exécution, par injection léthale.

Par contre il n'est pas sans amis. Un nombre de plus en plus important de personnes pensent que Echols, Baldwin et Misskelley sont victimes d'une injustice.

Motivé par la vision du premier documentaire, un groupe s'est créé, le Free the West Memphis Support Fund, afin de collecter des fonds. Le groupe est rattaché à un site internet géré par trois professionnels de l'industrie audio-visuelle (le photographe Grove Pashley, le scénariste Burk Sauls et la directrice artistique Kathy Bakken). Ce trio de trentenaires s'investit vigoureusement dès 1996. Ils rendirent visite à Echols et aux deux autres en prison, suivirent les auditions en appel, engagèrent un profiler médecin-légiste (les spécialistes des tueurs en série, NdT) qui découvrit des indices et des éléments en faveur des accusés, et mirent en place le site internet qui, d'après eux, génère entre 4000 et 8000 connexions par jour.

" C'est comme mon second boulot ", raconte Sauls. " Lorsque je me lève le matin, je travaille sur l'affaire. Et avant d'aller me coucher, je travaille à nouveau dessus. Parfois je dois me rappeler qu'il faut que je bosse " pour de bon " pour gagner de l'argent afin de pouvoir continuer. "

Bakken explique que sa boîte était chargée du design des affiches pour le premier " Paradise Lost ". Elle pu visionner une cassette. Ahurie, elle transmit le film à Sauls et Pashley, deux amis à elle. Rapidement, ils se mirent à lire tout ce qu'ils trouvaient sur cette affaire et quelques mois plus tard ils partirent pour l'Arkansas pour la première fois afin de rencontrer les garçons qu'ils allaient baptiser les West Memphis 3.

" Lorsque nous nous sommes rendus là-bas, leurs avocats ne lui avaient pas parlé depuis au moins un an. " dit Bakken à propos d'Echols. " Il était abandonné à son sort. Je pense que tout le soutien l'a énormément aidé. "

Convaincue de l'innocence des WM3, Bakken alla si loin qu'elle suivit finalement des cours en profiling criminel (analyse des profils des meurtriers, NdT) à Los Angelès auprès du profiler réputé Brent Turvey. Elle demanda à Turvey d'examiner le cas et il découvrit ce qui pouvait être des marques de morsures sur le corps de Chris Byers, en regardant attentivement des photos. Un légiste odontologiste témoignera plus tard, au cours de l'audience en appel de Echols en 99, qu'il s'agit bien de morsures. Les empreintes des dentitions des trois accusés, comparées aux marques sur le corps, montraient selon lui qu'il ne pouvait pas s'agir de morsures faites par l'un des trois. Pourtant, l'accusation répondit avec son propre expert et l'appel fut rejeté.

Bakken, Sauls et Pashley ont aidé les WM3 par d'autres moyens. Ils ont entretenu des liens serrés avec des personnes médiatiques afin de soutenir leur cause. Ils sont devenus le moyen pour Echols et les autres de communiquer avec le monde extérieur. Le 9 juin dernier, leur site web connu une énorme pointe de fréquentation après que le co-créateur de South Park, Trey Parker, se fut exclamé " Free the West Memphis 3 ! " alors qu'il recevait un MTV award, en direct.

Le 16 juillet, nouvelle pointe due à Parker lorsque la chaîne Access Hollywood interviewa Parker et son accolyte Matt Stone. Parker arborait un tee-shirt du groupe de soutien, avec l'adresse du site des WM3 mentionnée en gros caractères.

Le groupe de soutien des WM3 fut en plus prépondérant dans le succès en salles du film " Paradise Lost 2 : révélations ", dans lequel les trois instigateurs du groupe apparaissaient. La première organisée à Los Angelès le 28 juillet attira 200 personnes, ce qui n'est pas rien quand on sait que le film passait sur HBO depuis plusieurs mois. " PL2 " était présenté à Seattle mardi et sera projeté à New-York, Portland et San Francisco en septembre.

Bakken, Sauls et Pashley confectionnent une gigantesque bannière constituée de cartes postales venues du monde entier en soutien aux WM3. Ils ont prévu d'encercler la Cour Suprême de l'Arkansas à Little Rock avec cette bannière le jour de l'audience en appel d'Echols. Ils annoncent également la sortie d'un CD de soutien en septembre, réalisé par Aces & Eights, avec notamment la participation de Eddie Vedder, Tom Waits, L7, Nashville Pussy et bien d'autres.

Les réalisateurs Joe Berlinger et Bruce Sinofsky, l'équipe de créateurs des deux films (ainsi que de " Brother's Keeper ", largement ovationné en 92) estiment que Bakken, Sauls et Pashley ont permit aux WM3 de quitter les pages des faits divers pour entrer dans les éditoriaux. " Nous les utilisons beaucoup dans le second film " déclare Sinofsky. " Premièrement parce que ce sont de bons sujets. Deuxièmement parce qu'ils ont amené ce profiler. Et troisièmement parce que le premier film est devenu ce documentaire hors norme qui a attiré des dizaines de milliers de personnes sur leur site. Ils étaient là, actifs, pour ce qu'ils considèrent être une quête de justice. "

En effet, le second film montre Bakken, Sauls et Pashley, tous trois présentant bien et parlant de façon posée et argumentée, et l'on pourrait faire en partie le parallèle avec les activistes canadiens du film de Norman Jewison " The Hurricane ". Ils fournissent de l'énergie à tous les supporters et agissent à la fois comme des chiens de garde et des fin limiers.

" Je n'aurais certainement jamais eu un tel soutien ou suscité un tel intérêt si'ils n'avaient pas été là. " déclare Echols. " Sans eux, présents 24h/24 pour fournir de l'information, les gens auraient vu le film, auraient dit " Oh, c'est vraiment dégueulasse ", seraient rentrés chez eux et auraient oublié. Maintenant ils vont sur le site internet et s'investissent. "

Etrangement, l'argument le plus fort en faveur d'un nouveau procès pour les WM3 peut être trouvé dans une déclaration de Gary Gitchell, le chef des détectives de la police de West Memphis à l'époque de l'enquête. Gitchell, qui s'est retiré triomphant après les inculpations d'Echols et de ses co-accusés, travaille aujourd'hui comme directeur pour Pinkerton Consulting and Investigations (conseils et recherche) à Memphis, Tennessee. Il indique qu'il est toujours inflexible sur sa position et croit toujours à la culpabilité d'Echols, Baldwin et Misskelley. Mais il concède que l'enquête dans cette affaire fut loin d'être exempte de reproches.

" Il y a des tas de preuves circonstancielles et c'est tout. Il n'y a pas d'arme encore fumante. Ce n'est pas une affaire de ce genre. " dit Gitchell.

En fait, Gitchell insiste sur le fait que chacun doit comprendre l'importance des témoignages. Et d'après lui, cela inclut les déclarations faites par deux adolescentes qui affirment avoir entendu Echols confesser son crime, le couteau de chasse trouvé dans un étang derrière la maison de Baldwin (bien que cela n'ait jamais été relié aux crimes), la déclaration d'un co-détenu de Baldwin indiquant que celui-ci aurait fait des confidences en prison, et bien sûr la très contestée confession de Misskeley.

Cette confession était l'élément à charge essentiel pour son procès. La police de West Memphis interrogea Misskeley pendant de nombreuses heures, le fit passer au détecteur de mensonge, lui dirent qu'il l'avait raté (alors qu'un expert de la défense a montré plus tard qu'il l'avait réussi), et informèrent le jeune homme déficient mental qu'il avait le choix entre jouer le jeu de la Loi ou être………….

La confession de Misskeley arriva au moment où la police enregistrait ses dires, les 30 dernières minutes de l'interrogatoire. Mais il fit une série d'erreurs malgré le fait que les inspecteurs lui posaient des questions orientées. L'heure du crime n'était pas correcte, jusqu'à ce que les flics le corrigent. Il déclara aussi que les enfants avaient été attachés avec une corde marron, alors qu'il s'agissait de leurs lacets de chaussures. Et plus d'une fois il se trompa dans l'identification des enfants sur les photos qu'on lui montrait.

" Je leur expliquais que je ne savais rien sur cette histoire ", explique Misskeley aux réalisateurs dans " PL2 ". " Mais (la police) continua à me presser, me presser, me presser. Finalement, j'ai juste dit quelque chose de façon à ce qu'ils me laissent tranquille. "

L'avocat de Misskeley, Dan Stidham, aujourd'hui juge d'une cour municipale dans l'Arkansas, présenta un expert en fausses confessions au procès et fit état d'une douzaine de témoignages indiquant que Misskeley était à plus de 70 km du lieu du crime le soir des meurtres. Mais le jury préféra suivre les éléments de l'accusation.

" Je sais de source sûre que le vote initial des jurés était de 8 contre 4, " dit Stidham. " 8 pour la condamnation pour crime et 4 pour l'acquittement. Dans les 12 heures suivantes, le jury arriva à un compromis classique. Les 4 indiquèrent qu'ils voteraient " coupable " mais demandèrent qu'il ne soit pas réclamé la peine de mort, vu l'incertitude persistante. M. Misskeley fut condamné pour deux meurtres au second degré et un meurtre au premier degré. Ironiquement, bien qu'il ait avoué et que l'Etat ait eu le plus d'éléments contre lui, il n'eut que la plus faible sentence. "

Stidham a fait appel, bien que l'affaire des WM3 se focalise essentiellement sur Echols puisqu'il est dans le couloir de la mort. Ce qui est intéressant c'est que Stidham estime que Gitchell n'a pas essayé d'obtenir une fausse confession de Misskeley. " Gitchell n'a simplement pas réalisé à quel point Misskeley souffrait d'un handicap mental. Je pense que les choses se sont emballées et qu'ils ont mis une pression beaucoup trop forte sur ce gosse. Même s'il avait 17 ans en 1993, il avait l'âge mental d'un enfant de 5 ans. Les enfants de 5 ans croient aux œufs de Pâques et aux Power Rangers. Vous prenez quelqu'un de cet âge, vous le posez devant un détecteur de mensonge, lui faites le test et lui dites qu'il arrête de se foutre de vous en racontant des mensonges. En faisant ça, vous créez une distorsion de la réalité. Vous obtenez ensuite ce que vous voulez entendre, c'est aussi simple que ça. "

Pourtant Gitchell insiste sur le fait qu'il a sa conscience pour lui. " Lorsque vous mettez tout bout à bout, c'est une affaire convaincante. Nous avons traité Jessie, ainsi que tous les autres dans cette affaire comme si c'était nos enfants. C'est la Loi. Vous devez agir ainsi. Mais nous savions également que les médias observaient tout ça. Nous devions prendre garde à ce que nous faisions parce nous savions que nous serions jugés là-dessus. "

En 94, le juge John Fogleman était le procureur pour les deux procès et il joua un rôle clef dans la condamnation des trois garçons ; il est constamment présent dans les deux films. Au téléphone, sa disponibilité et son charme sudiste sont désarmants. " Je n'ai aucun problème avec quelque partie que ce soit de l'enquête " déclare t-il avec son accent sudiste prononcé. " Si j'ai tort, que le jury a eu tort, cela sera corrigé. Mais je ne crois pas que nous ayons eu tort. J'accueille favorablement toute nouvelle enquête. "

Fogleman indique qu'il a eu quelques soucis avec la confession de Misskeley, mais globalement la trouva crédible.

Il pense qu'en aucun cas Misskeley ne fut contraint à avouer.

Comme Gitchell, Fogleman cite le couteau trouvé vers chez Baldwin et le témoignage des adolescentes au softball comme éléments de preuve. Mais même en combinant tous les éléments, il y a réellement une pauvreté de preuve pour accuser quiconque de meurtre et encore plus pour condamner quelqu'un à mort.

" J'aurais aimé avoir des éléments plus concrets, " poursuit Fogleman, " mais on prend ce qu'on a. Et quand vous avez les preuves que nous avions, suffisantes pour aller au tribunal devant un jury, quel choix vous reste t-il ? ".

Fogleman concède " qu'il manquait des preuves matérielles permettant de relier quiconque ou quoi que ce soit à la scène du crime. Il n'y avait pas une goutte de sang&emdash;du moins qui soit visible à l'œil nu. Le laboratoire de criminologie a effectué des tests au luminol, qui ne sont pas utilisables comme preuves, et à l'endroit où nous pensons que les crimes ont été commis, la réaction a été positive. "

Fogleman et son compagnon de l'accusation, Brent Davis, se sont aussi appuyés sur les rites occultes pour avancer. En guise de preuves, ils exhibèrent des livres qu'Echols avait empruntés à la bibliothèque du lieu et traitant de sorcellerie, ils lurent des extraits de notes écrites par Echols, montrèrent des images " sataniques " qu'il avait sur le mur de sa chambre et présentèrent Dale Griffis, " le flic de l'occulte ", comme un expert en adolescents satanistes.

Muni d'une maîtrise obtenue par correspondance auprès de l'Université Columbia Pacific, Griffis indiqua durant son témoignage que les meurtres avaient eu lieu peu avant une date symbole pour les cultes païens et étaient probablement inspirés par des croyances occultes. Il témoigna ainsi que les signes d'activité sataniste pouvaient se trouver dans le fait que les accusés portaient des tee-shirts noirs, mettaient du vernis à ongle noir et étaient tatoués (ce qui suffisait à incriminer nombre d'adolescents comme disciples de Belzébuth).

L'accusation joua clairement sur l'hystérie populaire, qui tenait Echols pour leader d'un culte satanique et pensait que des activités occultes se déroulaient secrètement dans cette région de l'Arkansas. La défense fit une grave erreur en laissant Echols aller à la barre pour expliquer ses croyances. Il n'aida pas vraiment sa cause en se décrivant comme un Wiccan, pratiquant la " magie blanche ".

Il expliqua au jury qu'il avait changé de prénom et choisit Damien en s'interrogeant sur le catholicisme et en voulant honorer Saint Damien, martyre qui, combattant la peste à Hawaii, contracta la maladie et succomba.

Ce changement de prénom, comme son témoignage, tombèrent plutôt mal. Le motif de ce changement était tout à fait noble, et il est donc hautement surprenant de constater que dans l'esprit de beaucoup, ce prénom évoquait le film d'horreur de 1978 " Damien : Omen II " dans lequel un ado possédé par le Démon assassinait tout un tas de gens. Les explications intellectuelles de ses divers centres d'intérêt devant la cour, ainsi que sa chevelure noire et son teint naturellement pâle ont sans doute aggravé la situation.

Pour Mara Leveritt, éditorialiste à l'hebdomadaire alternatif de Little Rock, l'Arkansas Times, qui travaille sur un livre à propos de l'affaire, l'insistance à évoquer les croyances d'Echols durant les audiences a transformé cette affaire en chasse aux sorcières.

" Dans mon esprit, il est plutôt inhabituel d'accepter de tels témoignages devant une cour, " déclare Leveritt. " Amener par exemple des " experts " de comportements occultes et finir avec la déclaration de Fogleman disant qu'il n'est pas mal en soi de porter du noir, de lire certains livres et d'écouter du heavy-metal…Vous mettez tout cela bout à bout et vous voyez que le discours n'a aucun sens… Ce ténor de l'accusation, aidé par la publicité faite autour de

l'affaire (West Memphis fut le théâtre de plusieurs réunions tenues dans des églises par des spécialistes du satanisme, et cela dès l'arrestation des adolescents), a certainement créé le climat dans lequel ces condamnations furent rendues possibles. "

Leveritt note un " profond changement " dans l'opinion depuis le temps qu'elle suit l'affaire. De la réaction immédiate des fondamentalistes persuadés de la culpabilité d'Echols et des autres jusqu'à l'introduction d'un doute substantiel. Mais avec ce doute et les nombreux efforts pour faire libérer les WM3, Leveritt croit-elle encore qu'Echols puisse être exécuté ?

" Bien sûr que oui…Vous savez, j'ai vu beaucoup d'exécutions par ici, et je sais qu'une fois le procès initial terminé, tous les appels n'ont que peu de chances d'aboutir… ".

Mais il y a quand même plusieurs points en faveur d'Echols, même à ce stade. " PL2 " a un propos beaucoup plus déculpabilisant que le premier film et il jette une importante suspicion sur le beau-père d'une des victimes, John Mark Byers. Présent dans les deux films,

il apparaît instable, sensible aux drogues et fanatique des armes blanches. Quelle que soit la vérité, le film montre Byers comme une personne ridicule tout droit sortie d'une nouvelle de Faulkner, faisant figure de coupable parfait. Et beaucoup pensent que l'on peut trouver plus de preuves contre lui que contre Echols et les autres. Byers est actuellement en prison, condamné pour trafic de drogue, mais il n'est pas dans le couloir de la mort. Echols est celui qui a droit à cette distinction, bien qu'il semble que son unique tort ait été d'être bizarre dans une petite ville.

Echols a également son défenseur, venu de Houston, Ed Mallett, un avocat expérimenté dans les appels contre des condamnations à la peine de mort. Précis et irritable, Mallett est le type d'avocat que vous aimeriez avoir à vos côtés si vous étiez à la place d'Echols. Bien que l'appel " Rule 37 " de Mallett ait été rejeté, il reste une prochaine étape : la Cour Suprême de l'Arkansas. Si cela échoue, ce sera alors la demande fédérale en " habeas corpus " et peut-être la Cour Suprême des Etats-Unis. Ironiquement, l'un des points mis en avant par Mallett dans son appel " Rule 37 " concernait le 1er film d'HBO. Il estime que le tournage a contribué à polluer l'affaire de son client. Le peu d'argent dévolu à la défense par l'Etat de l'Arkansas a poussé les avocats à sceller une alliance malsaine avec les réalisateurs Berlinger et Sinofsky, qui procura une source non-négligeable de moyens financiers à la défense.

" Les avocats ont laissé les caméras filmer à l'intérieur du tribunal parce que HBO acceptait de financer la défense, ce que refusait l'Etat de l'Arkansas ", dit Mallett. " Le résultat fut de créer une espèce d'atmosphère de cirque, qui est perceptible lorsque l'on visionne ce film. "

Sinofsky comprend la stratégie juridique de Mallett, mais pense sincèrement que le fim a eu un impact positif. " Si Joe et moi n'avions pas fait ce film, Damien serait déjà mort ", déclare t-il.

Echols se dit reconnaissant envers les réalisateurs et ajoute qu'il " aurait certainement été condamné quand même ", y compris sans l'intervention des caméras. Mais il pense que la présence d'HBO a eu un impact non négligeable sur ses défenseurs pendant le procès initial. " Je pense qu'ils n'ont pas pris les choses suffisamment au sérieux du fait de cette présence médiatique. "

Au jour d'aujourd'hui, Echols vit sa vie du mieux qu'il le peut. Il lit, médite, prend des cours par correspondance et essaie de répondre au volumineux courrier, parfois jusqu'à 125 lettres par jour. En décembre dernier, Echols s'est marié selon le rite bouddhiste avec une femme venue de New-York à Little Rock qui lui rend visite une fois par semaine pour une " visite de contact " (ils peuvent se toucher, mais ce n'est pas une visite " conjugale ") ; En septembre il devrait recevoir l'ordination d'un prêtre bouddhiste venu d'un monastère japonais pour la cérémonie.

" J'utilise le terme bouddhiste parce qu'il est compréhensible par tous ", dit Echols en expliquant son dévouement au Zen.

" Toutes les notions sont très proches, comme si tous les gens allaient au même puits mais conduits par différents ruisseaux. "

En évoquant le bonheur d'une libération, Echols reste philosophe. " Je sais que je sortirai. Cela peut sembler morbide mais je suis dans le couloir de la mort. Donc au moins, je sais que d'une façon ou d'une autre je sortirai. Soit que je puisse sortir en marchant, soit qu'ils s'occupent de mon cas. Je préfère cette idée plutôt que de croupir en prison 50, 60 ou 70 ans sans jamais savoir de quoi demain sera fait. "

Retour en haut de page